Introduction à la microscopie confocale

Module interactif — G. Bonnamour, UQAM

2 — La fluorescence

2.1 Photoluminescence

La photoluminescence désigne l'émission de lumière par une molécule après absorption d'un photon. Elle regroupe deux phénomènes distincts selon la nature de l'état excité impliqué :

Fluorescence — L'émission est quasi instantanée (τ ≈ 1–10 ns). L'électron excité revient à l'état fondamental sans changer de spin (transition singulet → singulet S₁ → S₀). L'émission cesse dès que l'excitation s'arrête.
Phosphorescence — L’émission persiste bien après l’arrêt de l’excitation, de quelques millisecondes à plusieurs secondes. Elle implique un changement de spin (transition triplet → singulet) et correspond au principe des objets « glow in the dark ». En microscopie à fluorescence, ce phénomène est anecdotique et généralement non exploité.

En microscopie de fluorescence, on exploite exclusivement la fluorescence pour sa rapidité, sa spécificité et sa reproductibilité.

2.2 Diagramme de Jablonski

Le diagramme de Jablonski représente les niveaux d'énergie électroniques et vibrationnels d'un fluorophore. Cliquez sur chaque flèche pour en savoir plus.

E S₀ — état fondamental v=0 v=1 v=2 S₁ — état excité singulet v=0 v=1 v=2 Absorption Relaxation vib. Fluorescence
👆 Cliquez sur une flèche pour en savoir plus.
Diagramme de Jablonski — états électroniques et vibrationnels d'un fluorophore

2.3 Décalage de Stokes

Après l’absorption d’un photon d’excitation, la molécule excitée perd une partie de son énergie par relaxation vibrationnelle, sous forme de chaleur, avant l’émission lumineuse. Le photon émis (hν') est donc moins énergétique que le photon absorbé (hν), ce qui correspond à une longueur d’onde plus grande :

λémission > λexcitation

Cette différence de longueur d’onde, appelée décalage de Stokes (Δλ), permet de séparer spectralement l’excitation de l’émission, un point essentiel pour filtrer le signal fluorescent en microscopie.

Δλ ≈ 19 nm Excitation Émission 400 488 nm 507 nm 600 700 nm
Spectres d'excitation (bleu pointillé) et d'émission (vert) de la GFP — décalage de Stokes
Exemple GFP : La GFP présente un pic d’excitation à 488 nm et un pic d’émission à 507 nm, soit un décalage de Stokes d’environ Δλ≃19 nm. Cet écart permet d’utiliser un filtre passe‑bande centré sur 507 nm pour détecter la fluorescence tout en bloquant efficacement la lumière du laser d’excitation à 488 nm.

Simulation — Excitation et collecte du signal de la GFP

Cette simulation illustre l’impact du choix de la longueur d’onde d’excitation et du filtre d’émission sur l’intensité du signal fluorescent collecté. Déplacez le laser et le filtre pour voir leur impact sur le signal fluorescent collecté.

Excitation
Collection
Signal

Cellule

Signal : —

2.4 Caractéristiques d'un fluorophore

Paramètre Symbole Définition FITC vs Alexa647
Coefficient d'absorption molaire ε Capacité à absorber les photons à une longueur d’onde donnée (L·mol⁻¹·cm⁻¹) FITC : 73 000 / Alexa647 : 270 000
Efficacité quantique QY Fraction des photons absorbés qui sont réémis (0–1) FITC : 0,92 / Alexa647 : 0,33
Brillance ε × QY Signal émis par molécule — indicateur direct de la détectabilité en microscopie FITC : 67 000 / Alexa647 : 89 100
Lifetime τ Temps à 1/e de l'intensité après excitation pulsée (ns) FITC : ~4 ns / Alexa647 : ~1 ns
Photostabilité Résistance au photoblanchiment sous illumination continue Alexa Fluor >> FITC
Lifetime et FLIM : Deux fluorophores peuvent présenter des spectres d’excitation et d’émission très similaires tout en ayant des lifetimes différents. La microscopie FLIM (Fluorescence Lifetime Imaging Microscopy) exploite cette propriété pour les distinguer, ou pour mesurer des paramètres biophysiques locaux (pH, viscosité, interactions FRET), indépendamment de l’intensité absolue du signal.

2.5 Types de fluorophores

Fluorophores organiques

Petites molécules synthétiques (Alexa Fluor, FITC, DAPI, Cy3, Cy5…). Grande variété spectrale, haute brillance. Nécessitent une fixation ou une conjugaison à un anticorps / ligand. Certains sont capables de traverser la membrane plasmique, d'autres ont besoin que cette dernière soit perméabilisée.

Protéines fluorescentes

Majoritairement dévirées de la GFP, elles peuvent être integrées au génome par ingénérie moléculaire, et donc être exprimées dans des organismes vivants. Elles peuvent être fusionnées à une protéine d'interet pour la localiser ou suivre son déplacement.

Applications GFP
Bhatt et al., PNAS 2009, doi:10.1073/pnas.0904061106

Quantum dots

Nanocristaux semi-conducteurs (CdSe, InP…). Spectre d'émission très étroit accordable par la taille du nanocristal. Spectre d'excitation large. Excellente photostabilité — idéaux pour le multiplexage et le suivi longue durée.

2.6 Séparation excitation / émission dans un microscope à fluorescence

En microscopie à fluorescence, le principal défi expérimental consiste à séparer la faible lumière émise par le fluorophore de la lumière d’excitation, beaucoup plus intense. Cette séparation est rendue possible grâce au décalage de Stokes et à une combinaison de filtres spectraux et d’un miroir dichroïque.

Éléments optiques clés du microscope à fluorescence :

Les filtres d'émission/détection sont caractérisés par deux valeurs : la première correspond à la longueur d'onde au centre du filtre, et la seconde à la large du filtre. Ainsi, un filtre 580/20 est centré sur 580nm et a une largeur totale de 20nm. Il laisse donc passer la lumière de 570 à 590nm. Cette notation est universelle.

Spectre d'émission de la tdTomato avec filtre d'émission superposé
Spectre d'émission de la tdTomato (orange) avec le filtre d'émission centré sur le pic d'émission. Seule la lumière dans la bande passante du filtre atteint le détecteur.
Sans ce système, le rayon d'excitation (beaucoup plus intense que l'émission du fluorophore) serait perçu par le detecteur et noierait le signal du fluorophore. Cette architecture optique permet donc de maximiser le rapport signal/bruit.

2.7 Photoblanchiment

Le photoblanchiment (photobleaching) est la perte irréversible de fluorescence par destruction du fluorophore. Une excitation trop forte, une exposition prolongée ou répétée, ou des conditions environnementales défavorables (pH, température, présence d'oxygène) peuvent altérer irrémédiablement la structure du fluorophore et supprimer toute émission.

Comment limiter le photoblanchiment :

2.8 Autofluorescence

Certaines molécules biologiques possèdent une fluorescence intrinsèque : elles émettent naturellement de la lumière lorsqu'elles sont excitées par un laser. C'est l'autofluorescence. Les principales sources d'autofluorescence en biologie cellulaire sont le NADH, le FAD et la kératine dans les tissus. D'autres molécules peuvent contribuer selon le type d'échantillon. Ceci pose un problème, car cette autofluorescence génère un signal en plus de celui de nos fluorophores, ce qui contribue à diminuer le ratio signal/bruit : c'est le bruit de fond. On l'observe davantage dans les courtes longueurs d'ondes et de moins en moins lorsqu'on regarde vers le rouge. Pour y remédier, on peut sélectionner des fluorophores émettant dans le rouge, utiliser des contrôles négatifs pour caractériser le bruit de fond, et limiter l'excitation.

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